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Né en 1967, le plasticien japonais Yûichi Yokoyama
vit et travaille en banlieue de Tokyo. Diplômé de l’université
des Beaux-arts du département de Saitama, il s’est
d’abord consacré exclusivement à la peinture,
avant d’étendre ses recherches graphiques et picturales
au champ de la bande dessinée.
Par ses travaux, Yokoyama s’attache à explorer un monde
radicalement autre, à présenter les fragments d’un
au-dehors, d’un ailleurs, d’un demain que rien n’annonce.
Les paysages et les architectures y sont composés de volumes
simples où se révèle une nette prédilection
pour la ligne droite ; les femmes n’y existent pas, tandis
que les hommes, affublés de masques et de costumes déroutants,
s’y livrent froidement à des actions opaques.
Les dessins de Yokoyama ne ressemblent à rien d’autre.
Inutile donc de s’embarrasser à son égard des
habituelles distinctions (manga, bande dessinée, roman graphique…)
: se plaçant – sans pose, sans provocation ni volontarisme
– hors de toute catégorie établie, son travail
ignore simplement les influences et les écoles aussi bien
que les genres.
Les bandes dessinées de Yûichi Yokoyama sont publiées
en France, au Japon et aux États-Unis. Ses travaux font par
ailleurs l’objet d’expositions de plus en plus nombreuses,
parmi lesquelles :
• « Crystal
Crunch », expo collective, galerie Perugi
Artecontemporanea, Padoue, 2007.
• « Beautiful
New World. Contemporary visual culture from Japan »,
expo collective, 798 Dashanzi Art District, Pékin, 2007.
• « 36
Artists You Must See Now. Future beats in Japanese contemporary
art », expo collective, Mori Art Museum,
Tokyo, 2008.
• « Krazy!
The delirious world of anime + comics + video games + art»,
expo collective, Vancouver Art Gallery, Vancouver, 2008.
• «
Matière nippone », dessins de Yokoyama
et Risto exposés dans le cadre du festival Rencontres du
9ème art, Aix-en-Provence, 2008.

Entretien avec l'auteur :
Est-ce que la science-fiction vous intéresse ?
J'ai été marqué par les films Solaris
et Stalker de Tarkovski ainsi que par 2001 : L'Odyssée
de l'espace de Kubrick. J'aime aussi certaines émissions
télévisées où il est question d'extra-terrestres
ou de préhistoire. On peut voir de la science-fiction dans
mes histoires, cela ne me dérange pas, mais ce n'est pas
particulièrement mon intention. Je ne cherche pas à
écrire des histoires situées dans le futur, mais plutôt
des histoires qui s'affranchissent du temps et des époques.
Si l'histoire du monde avait pris une autre tournure que celle qu'on
lui connaît, les hommes vivraient selon une autre échelle
de valeur et une esthétique différente. La culture
de ce monde voudrait peut-être que les gens ne portent pas
de chaussures, qu'ils ne parlent pas ou encore qu'ils portent en
permanence quelque chose sur la tête et ne montrent jamais
leur véritable visage. Ce serait une civilisation complètement
étrangère à la nôtre. C'est cela que
je veux dessiner : un monde dont la culture soit radicalement
différente. Le futur est une époque qui dérive
de l'époque présente, elle y reste ancrée.
C'est pourquoi cela ne m'intéresse pas de dessiner un monde
futur. Deux de mes histoires, intitulées « Costumes »
et « Voyage », montrent des personnages au
crâne dégarni. Ce ne sont pourtant pas des vieillards.
Ce sont des jeunes gens qui se rasent les cheveux. Dans la civilisation
décrite par ces deux bandes dessinées, c'est établi
comme ça : c'est peut-être la mode de feindre
d'être vieux. Je dessine des personnages dont l'esthétique
est différente de la nôtre.
Quel sens attribuez-vous alors au mot nouveau, qui
revient souvent dans vos titres ?
Chez moi le mot nouveau veut dire nouvelle forme,
et je ne veux réduire cette forme ni à l'attrait de
l'innovation ni à celui de l'exception. Je cherche à
dessiner des choses que tout le monde devrait pouvoir connaître
et comprendre. Je n'assimile pas ce nouveau à un futur qui
se serait réalisé.
Votre propre mode de vie témoigne du décalage
temporel dont vous parlez. Vous n'utilisez pas d'ordinateur par
exemple
Effectivement, je n'ai pas d'ordinateur. Je n'ai pas non plus le
permis de conduire, ni la télévision. Je regarde la
télévision chez les autres. Je ne mène pas
vraiment une vie contemporaine.
Extrait de l'entretien avec l'auteur, Combats,
2004, pp.119-126,
propos recueillis par écrit au mois de juin 2004, traduits
par Céline Nicolas |