Né en 1967, le plasticien japonais Yûichi Yokoyama vit et travaille en banlieue de Tokyo. Depuis plusieurs années, son travail de dessin et de peinture trouve à se développer dans le registre de la bande dessinée. Il produit parallèlement des illustrations pour la presse et l'édition.
En 2004 est paru en France son premier recueil intitulé Travaux publics, tandis que le Japon surenchérissait avec Nouveaux travaux publics. Ses mangas sont par ailleurs publiés avec régularité dans la revue alternative Comic Cue, ainsi que dans Mizue et Saizô.





Entretien avec l'auteur :

Est-ce que la science-fiction vous intéresse ?

J'ai été marqué par les films Solaris et Stalker de Tarkovski ainsi que par 2001 : L'Odyssée de l'espace de Kubrick. J'aime aussi certaines émissions télévisées où il est question d'extra-terrestres ou de préhistoire. On peut voir de la science-fiction dans mes histoires, cela ne me dérange pas, mais ce n'est pas particulièrement mon intention. Je ne cherche pas à écrire des histoires situées dans le futur, mais plutôt des histoires qui s'affranchissent du temps et des époques.
Si l'histoire du monde avait pris une autre tournure que celle qu'on lui connaît, les hommes vivraient selon une autre échelle de valeur et une esthétique différente. La culture de ce monde voudrait peut-être que les gens ne portent pas de chaussures, qu'ils ne parlent pas ou encore qu'ils portent en permanence quelque chose sur la tête et ne montrent jamais leur véritable visage. Ce serait une civilisation complètement étrangère à la nôtre. C'est cela que je veux dessiner : un monde dont la culture soit radicalement différente. Le futur est une époque qui dérive de l'époque présente, elle y reste ancrée. C'est pourquoi cela ne m'intéresse pas de dessiner un monde futur. Deux de mes histoires, intitulées « Costumes » et « Voyage », montrent des personnages au crâne dégarni. Ce ne sont pourtant pas des vieillards. Ce sont des jeunes gens qui se rasent les cheveux. Dans la civilisation décrite par ces deux bandes dessinées, c'est établi comme ça : c'est peut-être la mode de feindre d'être vieux. Je dessine des personnages dont l'esthétique est différente de la nôtre.

Quel sens attribuez-vous alors au mot ”nouveau”, qui revient souvent dans vos titres ?

Chez moi le mot “nouveau” veut dire “nouvelle forme”, et je ne veux réduire cette forme ni à l'attrait de l'innovation ni à celui de l'exception. Je cherche à dessiner des choses que tout le monde devrait pouvoir connaître et comprendre. Je n'assimile pas ce nouveau à un futur qui se serait réalisé.

Votre propre mode de vie témoigne du décalage temporel dont vous parlez. Vous n'utilisez pas d'ordinateur par exemple…

Effectivement, je n'ai pas d'ordinateur. Je n'ai pas non plus le permis de conduire, ni la télévision. Je regarde la télévision chez les autres. Je ne mène pas vraiment une vie contemporaine.

Extrait de l'entretien avec l'auteur, Combats, 2004, pp.119-126,
propos recueillis par écrit au mois de juin 2004, traduits par Céline Nicolas